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C’était un jour de Salon de Montreuil.

J’étais dans le métro, mon casque de i-pod sur les oreilles, avec cette sourde satisfaction qu’on a quand on s’isole d’un monde où le sourire est obligatoirement proscrit. Depuis quelques jours, je me torturais remettais dans l’ambiance des 80’s pour un roman, grâce à une play-list sans doute conçue par le diable bourrée de chansons anglophones de la dite époque.

De Jump à When the rain begins to fall, je re-découvrais cette époque, avec des sentiments contradictoires, il faut bien le dire: nostalgie, enthousiasme, un peu d'ennui et d'angoisse et beaucoup d'envie de rire. J’ai coutume de dire qu’on y a survécu et toute personne sensée ne saurait me contredire, en voyant ça :

 

(Je vous mets video UND lyrics, sinon, c'est pas du jeu)

 

 

 

 

Puis soudain, il y eut LA chanson. Une chanson inconnue, bien éloignée de mes goûts habituels, une chanson qui n’avait pas été reprise dans les mariages auxquels j’avais assistés et que plus aucune radio ne passait.

Dès les premières notes, une trappe obscure – de celles qui retiennent les souvenirs douloureux, dont les gonds sont rouillés et la serrure inutile – s’ouvrit avec un bruit net ; celui des digues et des marées.

Je me mis à pleurer. Les larmes coulaient, déferlaient, sans plus aucune retenue, un véritable torrent, des véritables torrents. Sanglotant jusqu’à mon arrêt, j’arrivai au Salon le maquillage en débâcle et le cœur en charpie, pas du tout prête pour ce que j’allais faire, l’auteur pimpante.

Quel souvenir cette chanson avait-elle exhumé ? Dans ce que je retiens de ma fin d’enfance, de ma puberté, quelle bribe d’angoisse, de souffrance avait-elle jetée dans mon cerveau, sans me fournir aucune traduction, aucune image, aucun lien palpable avec ce que j’avais vécu ?

Des années 80, je retiens la lenteur des journées, ce corps que je ne comprenais pas, l’impression d’être projetée dans un monde dont je ne maitrisais aucun code et l’inévitable déliquescence de ma famille. J’y rattache peu de souvenirs heureux ; il s’agissait de masquer, sous des rites et des rituels, la fin d’une époque. Je n’y comprenais pas ma mère, encore moins mon père et mes sœurs appartenaient déjà à un âge que je repoussais. Passionnée par Lewis Carroll depuis mes sept ans et demi, j’avais compris son message, porté par Humpty Dumpty : il ne fallait pas grandir.

En arrivant au Salon de Montreuil, les paupières et le nez rouges, je fis écouter le morceau à mon directeur de collection qui me regarda longuement, avant de souffler qu’il ne connaissait pas non plus. Le regard qu’il me jeta en dit long sur ce que le cerveau peut nier, dans ce genre de circonstances.

A la fin de la journée, dans le métro qui me ramenait chez moi, je retentai l’expérience. De nouveau, la trappe s’ouvrit et les larmes déferlèrent.

De nouveau, je ne sus à quelle abominable douleur se rattachaient ces notes, à quelle humiliation, à quel chagrin, à quel moment où, dans un train d’enfer, on sent qu’on ne fera que descendre de douleur en douleur, ballotée par ses larmes et le destin.

J’éteignis mon i-pod et réfléchis calmement. Cette chanson passait-elle le jour où je compris que mes parents, ces êtres exceptionnels, allaient se perdre et que jamais je ne pourrais rien pour eux ? Ma sœur si particulière m’avait-elle humiliée, alors que je l’écoutais, dans la tranquillité enfantine de ma chambre tendue de bleu et de blanc, où les photos de Boris Vian trompettaient allègrement à côté de Beatrix Potter ? Etait-ce ce jour où j’ai vu mon grand-père, cet homme que j’aime encore d’un amour sans faille vingt ans après sa mort, cet homme qui avait connu les camps de prisonnier, pleurer en cachette ?

Je n’en savais rien et, à vrai dire, j’avais même peur de soulever ce sombre souvenir, ce secret mélodique, de la tombe où mon inconscient, pour mon propre bien, l’avait si bien caché.

Pourtant, chez moi, je me ruai sur mon ordinateur et tapai le nom de la chanson.

La réponse tomba, terrible et sans appel.

 

C’était la chanson de Rox et Rouky.

On a les incertitudes psychanalytiques qu’on mérite.

 

Et demain sort le roman que j'ai écrit par la suite, replongée dans les 80’s pour quelques deux cents pages et sans doute – thanks God ! -  la dernière fois de ma vie.

Il y est dit que l’amitié est plus forte que tout et que les enfants, même ceux qui ne maitrisent pas les codes obscurs de cette mini-société qu’est le collège, et même ceux qui ne sont pas Marty McFly, peuvent sauver leurs parents.

Plus que de la science-fiction, de l’utopie !

 

  Et c'est ici!

 

(En bonus, la fameuse chanson. Dire que certains auteurs ont des BO crédibles...):

 

 

Tag(s) : #Les dernières nouvelles

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