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« C’était un tout petit enfant. Sa tête dépassait à peine des hautes herbes du pré. Face aux quatre chevaliers, il avait même l’air de l’ombre d’un tout petit enfant perdu dans une brume verte. Les naseaux fumants des chevaux arrivaient au-dessus de ses cheveux bruns et leur œil bordé de rouge et de blanc le regardait avec une colère contenue, en terribles chevaux de guerre qu’ils étaient. »

 

Ainsi commence Je crois que Chevalerie y sera, in Lancelot (Actusf) avec quelques auteurs dont vous trouverez les noms ici :

http://www.editions-actusf.fr/anthologie/lancelot

 

Je vous l’avoue, j’avais écrit autre chose.

Une histoire de Graal, de nazis, d’universitaire, d’enfant juif perdu.

Un auteur (que je ne dénoncerai pas ici) m’a dit un jour en se poilant « Quand tu sais pas quoi écrire, fous des nazis dans ton histoire ! ».

C’était même pas le cas.

J’ai fait un nombre incroyable de recherches (dûment fournie par Joseph Altairac) après être tombée sur Otto Rahn (personnage fascinant !). J’ai écrit la nouvelle. Il y était question d’un manuscrit du Graal qui permettait d’incarner un personnage de la Table Ronde.

Je l’ai foutue à la poubelle.

Elle n’était pas mauvaise. De mon point de vue, elle était même plutôt bonne.

Mais elle était écrite pour amuser mes lecteurs. Elle était construite, documentée, rythmée. Les dialogues qui impliquaient Himmler jouaient à la fois sur la réalité historique et la caricature.

Et ce n’était pas ça.

Je ne pouvais pas résumer ce qu’est Lancelot pour moi à des trucs d’écrivain, de la technique, des recherches, et le plaisir d’une histoire bien ficelée.

Ca aurait été renier la gamine qui a fouillé un jour dans la bibliothèque familiale et s’est plongée dans « Le roi Arthur et ses preux chevaliers » de Steinbeck parce qu’elle pensait y retrouver les Rois Maudits, ça aurait été oublier la forêt, l’errance, la dualité, le décalage.

Car voyez-vous… Entrer dans le royaume arthurien était comme marcher sur un chemin lumineux.

Pour la petite guerrière timide que j’étais, les chevaliers formaient une haie d’honneur qui préservait de tout.

J’étais Lancelot, perdu dans sa brume, meilleur chevalier du monde, utilisé par le destin et les dames.

J’étais Gauvain, à la langue facile et aux yeux rieurs (je l’ai toujours imaginé les yeux rieurs), aimant son roi et les batailles, revenu brisé de la Quête du Graal. J’étais même Key, mauvais et railleur.

J’aurais été l’obscur Aiglin des Vaux, s’il avait fallu.

Les femmes ? Aucun intérêt. Mais quel intérêt une femme de la cour peut-elle inspirer à une gamine de huit ans qui voulait être un chevalier ? Il y avait Morgane, bien sûr… Mais Morgane… Il fallait devenir une femme pour la comprendre.

J’ai puisé mon histoire dans les heures qui suivent une lecture à huit ans (étais-je vautrée dans l’herbe de notre jardin ? sur le canapé du salon ? dans mon lit ?).

J’ai puisé dans les heures claires, Lancelot chevauchant près de la Dame du Lac, dans les heures sombres, Lancelot devant le Graal, mains tendus, impuissant, dans les heures de pierre, Lancelot entrant à la cour comme on rentre par la grande porte quand on voudrait le faire par la fenêtre.

J’ai attendu le petit matin pour me souvenir de tout : Lancelot arrachant les barreaux de la fenêtre de Guenièvre, Lancelot caché derrière ses armures toutes différentes, Lancelot aimé de Galehaut, le fils de la Géante, qui jette ses armes à ses pieds et l’attend dans sa tombe, Lancelot appelé « Ami » par Gauvain, sans savoir qu’il devra le blesser, Lancelot emprisonné par Morgane, dessinant sur les murs son amour pour la reine.

Je ne suis pas certaine que mon histoire soit bien ficelée. Mais il n’y avait pas meilleur endroit que la Brume des Jours, ce pays où on enferme les Cauchemars dans des livres, pour la faire vivre.

Pas de meilleur pays que l’enfance, pas de meilleure voix que celles de ceux qui l’ont aimé.

Car, si une partie de la Vulgate s’appelle « Lancelot en prose », Lancelot n’y apparaît pas si souvent. Il est caché, perdu, cherché. On part en quête de lui. On l’imagine, on le fantasme, on le désire.

Comme un personnage de roman.

Merveilleuse inconscience des clercs du XIIIeme siècle qui invente notre roman sans le savoir ! Maladresse appliquée de toute une histoire ! Il fallait bien le christianisme pour tenter de juguler les élans primitifs de ce chevalier parfait et s’y perdre !

J’ai donc écrit une histoire imparfaite, onirique mais qui reprend très exactement des épisodes moins connus de la Vulgate, œuvre que j’aime et que j’ai étudié à la Sorbonne, sous la houlette de Philippe Ménard.

La nouvelle lui est d’ailleurs dédiée. Mais pas qu’à lui.

A Alexandre Micha dont j’ai adoré les essais.

A John Steinbeck qui a été le premier.

A Terry Gilliam qui a réussi à réaliser, sur le sujet, une comédie dont chaque symbole est une vérité.

Je serai, en tant qu’invitée d’honneur, conviée à deux tables rondes au festival Zone Franche de Bagneux : Fées des Villes et Fées des Champs (avec Pierre Dubois, le cher elficologue de mon enfance, et Claudine Glot, so « matière de Bretagne » qui désapprouve formellement mon passionnant XIIIeme siècle), le dimanche 6 avril à 16h30 et la Table Ronde de l’anthologie Lancelot, le samedi 5 avril à 17h30 (avec les auteurs présents mais hélas sans mon co-auteur Thomas Geha qui ne raterait pour rien au monde la messe dominicale que des contraintes retiennent dans une lointaine province).

Et vous avez même le droit à une rencontre officielle mais informelle, le samedi 5 avril à 14h30, à la Taverne du Festival (brillante idée que je soutiens largement !), en plus des habituelles séances de dédicace.

(Le programme se trouve ici:  http://www.zone-franche-festival-imaginaire.fr/)

 

J’y parlerai roman arthurien, symbole, littérature, transmission, savoir.

 

Mais pas ici. Et pas dans ma nouvelle.

Parce que Lancelot sera toujours, pour moi, ce chevalier perdu dans l’après-midi une toute petite guerrière timide, et qui continue d’errer sur un chemin construit par d’autres.

 

Lancelot

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